
Aujourd'hui, je ne me voyais plus. Invisible. A mon égard, à celui des autres. Je me suis laissée un peu vivre, comme si tout m'échappait, me filait entre les doigts. Et puis, la nonchalance étant apparemment un de mes principales modes de vie, j'admets avoir une légère ressemblance avec le concombre de mer. Mollusque suis-je et resterai. Quoi qu'il en soit, je suis très à cheval sur les critiques, bonnes et mauvaises, en essayant chaque fois de progresser un peu plus. Comme dans un David Lynch, je me perds entre fantasme et réalité, j'ai donc décidé de couper entre les deux. Et de choisir. Bien sur, le fantasme l'emporterait si je n'avais pas une confrontation régulière à ce que l'on peut appeler la vie réelle. Avec tout ces gens, ces chiens, ces fin de déjeuner sur le trottoir, ces canettes de Coca vides qui roulent entre une poubelle et une bouche d'égout, ces arbres que tout le monde oubli, ce bruit de tramway qui s'éloigne, cette odeur de cigarette qui m'enveloppe, ce cri de femme qui voit sa fille traverser la route sans regarder et qui lui tire la main comme pour lui déboiter l'épaule, ces personnes assises sur une couette en laine ou un bout de carton qui attendent que les passants leurs offrent un regard, un sourire, une aide.

Ce serait tellement plus facile de déménager dans sa tête, de vider les vieilles affaires qui prennent la poussière, de prendre un peu de repos près d'un neurone endormi, de choisir un coin bien sympa, sans trop de voisins bruyants, avec arrosage automatique et piscine limpide. Simplement regarder un ciel tout le temps bleu. A la place de tout ce
capharnaüm omniprésent qui empêche de s'allonger dans son lit sans ressasser ses erreurs. Donc oui, je suis nonchalante, je traine des pieds en regardant le ciel, je me prends parfois un ou deux poteaux dans la tronche, mais c'est avec un sourire que je regarde les gens que j'aime, qui s'affole autour de moi comme si le temps était compté, comme si il ne fallait pas perdre une minute de bonheur et, putain mais ils ont raison. Parfois, il faut prendre son temps, il faut faire une pose, se connaitre, et repartir à toute allure. Je n'ai jamais vraiment aimé courir, me battre, montrer à tout le monde que oui, je peux aller vite et puis, au final, décevoir. Décevoir ceux qui attendent que tu cours à leurs côtés et qui te voient baissé les bras, ceux qui veulent que tu les attendes et qui te voient accélérer. J'ai mon rythme. Et je sais que je déçois. Alors je me demande, est-ce qu'il faut passer sa vie à sprinter et finalement s'arrêter d'un coup sans plus en pouvoir, le cœur en alerte puis s'écrouler, ou juste, trottiner tranquillement en respectant ce qu'il y a autour et prendre son temps. Pas de réponses pas d'arguments. Je suis toujours entre les deux, entre raison et démence entre rêve et cauchemar. Je suis tout simplement moi, je reste la même en camouflant aux autres ce qui les dérangent, en finissant par avancer, tout doucement.
La tortue n'avait pas gagné la course contre le lapin, une fois ?